Haro sur le gaucho !

« Ah ouais tu kiffes Trotsky mais tu mets du rouge à lèvres, non mais allô quoi. »

Une immense vague de lassitude m’enveloppe ; encore une fois, le préjugé débile sur les gauchos a encore frappé. Rien que le mot déjà : on se croirait dans la pampa argentine au milieu des vaches et des empanadas. Admirons d’ailleurs cette insistance lourdingue pour autant jamais appliquée pour un sympathisant de tout autre bord ; en effet, il est fort rare d’entendre « oh bah t’as pas une tête de centriste » ou de s’étonner qu’un smicard puisse voter à droite, voire plus (chose pourtant fort tragiquement courante).

Pour briser ce discours odieux, rien de tel qu’un bon coup de faucille et de marteau dans la tête des mécréants social-traîtres afin de calmer les clichés.

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Moi à la quarante-deux millième réflexion stéréotypée mit sous-entendu misogyne.

I. Être d’extrême-gauche n’est pas synonyme de ressembler à un cul. A contrario, tous les militants UMP sentent-ils l’essence de Guerlain ? Non.
Besancenot devrait-t-il s’arracher ses petites joues trognonnes de premier de la classe propret pour faire plus méchant prolo ? Bernard Thibaud sera-t-il un nouveau Philippe de Villiers le jour où il laissera tomber sa fameuse coupe de cheveux dite du bol renversé ? S’il arrive de voir un gaucho qui n’a pas forcément bonne mine, ce n’est pas parce qu’il cherche à séduire l’audimat avec sa raie sur le côté et son petit polo senteur vanille des îles, sinon à survivre à son quotidien de précarisé. Le gaucho, c’est le fond avant la forme, aller dire courageusement des vérités politiques, sociales et culturelles, sans decorum ni diversion.

II. Marxisme, trotskisme, anarchisme, ne signifient pas le rejet de toute forme esthétique. L’art soviétique ou les flyers de propagande ne servent pas de papier peint dans le petit appart – ni squatté et sans portrait de Staline dans la cuisine – du gaucho. Évidemment, il arrive fréquemment que celui-ci critique une certaine forme d’art bourgeois, notamment ses modalités de diffusion et de transmission, volontairement réservé à une certaine élite (1), ou au contraire de critiquer les ravages de la culture abrutissante de masse. Après rien n’empêche d’apprécier un nu grec. Cela s’appelle juste l’exigence du goût, sans pour autant approuver n’importe quoi n’importe comment. À l’inverse des partisans des totalitarismes, qui refusent toute manifestation artistique divergente et fabriquent un art-propagande (ou propagande artistique), les anti-fa & autres pourfendeurs des oligarchies financières défendent une culture multiple, ouverte, gratuite et accessible à tous. Les ZAD et les squats artistiques en sont le meilleur exemple.

III. Posséder l’intégrale de Bakhounine ou faire une fixette sur la stachemou de Ho Chi Minh ne conduit pas à une vie monastique ponctuée par des séances d’auto-flagellation avec le Petit Livre Rouge. Le révolutionnaire, l’anar de Notre-Dame-des-Landes et même le néo-stalinien aiment autant bien rire, bien manger et bien rouler des galoches que n’importe quel autre compère homo sapiens.

IV. Une fois pour toutes, gaucho ne veut pas dire velu(e). Sans déconner, où est le rapport ?
NB : s’applique également sur l’équation couramment répandue féministe = moustachue.

V. Le gaucho n’est pas un ruffian assassin planqué dans un taillis de fougères mencheviks, à guetter le laguiole entre les dents qu’un petit bourgeois en veste de velours s’égare sur le sentier. Et dire qu’on normalise fingers in the nôze les extrêmes (-droites), doctrines ô combien réellement dangereuses, qui prônent la haine entre les communautés et les genres, défendent un libéralisme autoritaire anti-social, et frayent avec les plus délicieux des individus douteux.

VII. Le gaucho ne vit pas dans une caverne humide et crasseuse, et ne désire pas non plus que le reste de l’humanité s’y entasse.
Une fois pour toutes, le Grand Soir ne signifie pas « tout le monde tout nu avec un pagne de feuilles de propagande autour de la taille, ondulant telles des lianes cubaines sur fond de choeurs de l’Armée Rouge ». Le délire révolutionnaire consiste juste à abolir les inégalités sociales en abolissant les classes – par la lutte des classes – / refuser une main-mise autoritaire d’un État policier et non plus social pour aller gérer ses petites affaires de manière communautaire voire communalise – les anars – (rayer la mention inutile). Alors c’est sûr que ce genre d’objectifs font un peu la nique au mode de surconsommation actuelle, injustifié, polluant et profondément inégalitaire. Et après tout, ne vaut-il pas mieux partager plus pour faire vivre plus de monde, que continuer à s’enfermer dans une spirale d’excès qui de toute manière, ne dureront qu’un temps (les crises et les catastrophes climatiques ayant démontré tout leur potentiel de destruction) ?

Les préjugés font mal. L’extrême-droite a pignon sur rue et multiplie les actions violentes avec de plus en plus d’impunité, aussi bien judiciaire que médiatique, tandis que les partis principaux piochent allègrement dans sa xénophobie. N’oublions pas qu’aujourd’hui en France, être anti-capitaliste peut conduire à l’assassinat ou l’emprisonnement, et ce, avec l’appui de l’État.

(1) cf John Dewey in L’art comme expérience (Art as Experience), 1934.

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