La représentation de la folie en peinture – épisode III – Pierrot (ou Gilles), Antoine Watteau / The Representation of Madness in Painting – Episode III – Pierrot (or Gilles), Antoine Watteau.

* article disponible en français et en anglais
* article available in French and English

Pourquoi ce choix ?

Déjà, ça n’a pas été de la tarte de trouver une oeuvre du XVIIIe siècle avec pour thématique la folie ou l’hôpital. On doit probablement cela au contexte du Siècle des Lumières, où triomphe la Raison mais aussi ce phénomène que Foucault nomme le “Grand Renfermement”.
Parlons peu mais parlons franchement, le XVIIIe siècle est un gros bordel en ce qui concerne la médecine. Ici commence le processus d’aliénation du fou : il devient un être tout à fait à part, où dialogue et amélioration sont inenvisageables. L’hôpital général devient un lieu de concentration (ex : la Salpêtrière). La fin du siècle n’apporte aucun changements, sauf exceptions notables : Pinel, dont la thèse “Première prescription pour un asile modèle”, prône un “traitement moral” fondé sur dialogue ; la première classification de la folie (1778) ; la naissance du terme psychiatrie, c’est-à-dire “médecine de l’âme” ; premier service psychiatrique spécifique, avec la Tour des Fous à Hôpital Général de Vienne (1789) ; enfin, le projet de l’État français en 1795 de fonder des asiles modernes, bien évidemment interrompu par le n’importe quoi de la Révolution.

Pour résumer : “Au total, à part quelques essais marquant le début d’un mouvement destiné à s’amplifier au siècle suivant, partout en Europe l’enfermement ds des conditions pires que pour toute autre catégorie de personnes ou le maintien des malades dans leurs familles demeuraient la règle.” (La conquête de la santé en Europe, 1750-1919).

Donc, cette relégation sociale aux oubliettes qui fouettent s’applique-t-elle également sur le plan artistique ?

On a un compromis intéressant avec Pierrot. En effet, il est l’un des personnages fameux de la Commedia dell’arte, y tenant le rôle du zanni, c’est-à-dire le valet souvent impertinent et fourbe. Mais il possède un pendant beaucoup plus sombre, du à son caractère lunaire. L’ancien titre de ce tableau est Gilles, qui correspond tout à la fois à un personnage de carnaval, à un bouffon de foire & au personnage du niais dans la comédie burlesque.
Enfin, Watteau et Fragonard sont une source d’inspiration pour Verlaine ; il publie en 1869 Les Fêtes Galantes, dont les personnages récurrents appartiennent à la Commedia dell’arte. Or, Verlaine s’auto-proclame fou dans le sens mystique du terme, frappé par le fatum, puisque né sous le signe de Saturne.

Rappel biographique & esthétique :

Le jeune apprenti Watteau commence par des copies de peintures religieuses, mais apprend également à produire sa propre peinture. Par la suite, il entre à l’Académie Royale de peinture et de sculpture. Sa spécialité ? Le tableau de type “fête galante”.

Dans la fameuse querelle Anciens VS Modernes – oui parce qu’il y en a eu une aussi dans le petit monde de l’art pictural -, Watteau se situe dans le camp des rubénistes, opposé à celui des poussinistes (où se trouve notamment Le Brun). Les premiers prônent la couleur et la force de la sensation, tandis que les seconds valorisent le dessin et la forme. Le clash aboutira à la victoire des rubénistes, et à un biflage en règle des poussinistes.
Watteau s’inscrit dans le mouvement rococo, avec Fragonard & Boucher.
Son oeuvre la plus célèbre est probablement Le Pèlerinage à l’île de Cythère (1717), complétée par la réplique de L’Embarquement pour Cythère (1718). Imité de fifou au XVIIIe siècle, dénigré à la Révolution, Toine-Toine est redécouvert dans la seconde moitié du XIXe siècle et vaut depuis une blinde.

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L’oeuvre : Pierrot (ou Gilles), huile sur toile, 185×150 cm, 1718-1719, Musée du Louvre, Paris.

On note la reprise d’un motif omniprésent chez Watteau : le pantacourt le théâtre. D’ailleurs, le modèle est possiblement un comédien réel, et l’oeuvre elle-même serait une commande pour l’acteur Belloni. Le style est rococo : le pinceau joue sur l’esquisse, il n’y pas de structures, le thème est léger, et le vêtement du personnage principal se caractérise par le pli Watteau, c’est-à-dire une série de plis ronds formant une bande étroite et verticale dans dos des robes, pour plus de gracilité. La toile présente plusieurs particularités : d’une part elle est coupée, l’autre partie demeurant inconnue ; d’autre part, le blanc de céruse utilisé pour le costume de Pierrot, aurait possiblement contribué à l’empoisonnement puis au décès de l’artiste.

Première interprétation :

Il nous est présenté le portrait d’un personnage de théâtre populaire, Pierrot. Reconnaissable grâce à son habit blanc traditionnel, il n’est toutefois pas maquillé, apparaissant d’ordinaire le visage enfariné. Son air gauche et sa pause engoncée suggèrent un perso secondaire, peu habitué à apparaître au premier plan, de basse extraction (n’oublions que Pierrot est un zanni). Toutefois, notre Pierrot ne paraît ni stupide ni fourbe. Il s’inscrit dans un couple antagoniste avec Arlequin, souvent rivaux pour une femme, Colombine par exemple.

L’arrière-plan renforce la thématique du théâtre italien puisque les quatre personnages sont issus du même milieu. L’identification est possible de par l’esthétique du costume, révélatrice d’un personnage-type.

Analysons mes bons.
– Habit et chapeau noirs, collerette blanche : un médecin ou un prof. Dans le contexte, cela correspondrait au personnage du Docteur, vieux faux savant qui s’exprime souvent en latinitas culinaria (par exemple l’horripilant Thomas Diafoirus dans Le Malade Imaginaire). Le docteur est généralement l’ami du vieil avare bourgeois un brin pervers, correspondant à Pantalon ou Cassandre (Harpagon et Argan chez Molière).
– Un garçon et une fille dont la jeunesse, les habits raffinés et la promiscuité à deux doigts du touche-pipi suggèrent un couple d’amoureux tous deux issus de bonne famille : voici Lélio ou Clitandre, avec Isabella. Chez Molière, cela équivaut à un Cléante (Le Malade Imaginaire) ou Valère (L’Avare). La bouche ouverte de l’amoureux suggère, outre cette technique fascinante du gobage de mouches, son caractère ingénu.
– Un homme seul, l’habit flamboyant qui pique les yeux, chapeau sur le côté et pause de kéké : on reconnaît le Matamore, aussi appelé Capitan, ou même Scaramouche. C’est un militaire vaniteux et vantard mais en réalité lâche, profondément convaincu de sa popularité auprès des femmes. Généralement, il est le courtisan éconduit par Isabella. La fausseté de ses récits héroïques est démontrée et moquée pendant la pièce.

Pierrot est en premier plan, comme sur une scène, tandis que les autres se cachent très mal en coulisses. La nature, dégagée de chaque côté, renvoie à un espace traité comme une scène de théâtre. La présence de la statue, possiblement Dionysos, ou d’un des satyres de son cortège olé olé, de par les oreilles pointues, ainsi que le ciel bleu, la flore méditerranéenne, installent un décor à l’antique, typique de l’Âge Classique.

Enfin, ce tableau constitue manifestement un écho avec Les Comédiens italiens (1719-1720). Les dimensions (64×77 cm) rappellent une disposition identique : focus sur Pierrot, similarité des visages etc..
Ainsi, on pourrait croire que le style et la thématique font de Pierrot un portrait sans histoire, limite frivole.

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Deuxième interprétation :

Sérieusement, pourquoi un tel intérêt pour Pierrot et son pantacourt dégueu ?
C’est vrai, dans le genre personnage avec de la gueule, Watteau aurait pu choisir Arlequin, aussi bien pour les couleurs de son costume que pour son caractère. Ou bien, s’il voulait se la jouer vieux papé chiant et réaliser un portrait moralisateur, alors pourquoi ne pas opter pour le Docteur (critique du pédantisme), Cassandre (l’avarice, la luxure) ou le Capitan (l’orgueil, le mensonge, le bling-bling). Quelque chose du même acabit que Les Caractères de La Bruyère quoi.
En plus, le portrait est absolument non conforme aux canons de l’époque : aucune action, aucune mise en scène, immobilité coucou. La fixité du regard & de l’attitude suscitent un malaise chez le spectateur (sans compter le pantacourt immonde, ok j’arrête).
Or Pierrot, c’est plutôt le brave valet, tantôt naïf ou plus rusé. Peut-être alors que Watteau s’intéresse ici au personnage de Pierrot comme potentiel de mélancolie.
En ce cas, ce serait une vision généralisante à portée universelle : le tableau se rapproche du genre de la vanité. Le regard Pierrot qui interpelle le spectateur et la taille grandeur nature de l’oeuvre indiquent qu’il y a un message à méditer, comme si l’artiste voulait marquer le coup en confrontant le public à un personnage de leur dimension, donc plus réel, plus convaincant, et forcément plus dérangeant. La disposition également interpelle : le fait que les personnages-types, et par là les traits de caractère ou sentiments qu’ils représentent (orgueil, amour, plaisir …) soient en retrait, suggèrent que finalement tous sont superficiels – “Vanité des vanités, tout est vanité”, punchline de L’Ecclésiaste – et que finalement seule demeure la mélancolie. Notre Pierrot non enfariné met ainsi à bas le masque, abandonne physiquement et étymologiquement son rôle de personnage – persona: le masque – pour exprimer une sorte de triste vérité.
Finalement, le spectateur est confronté à un discours pascalien : le divertissement que constituent les personnages-types de la Commedia dell’arte, ou plus globalement des plaisirs tel le théâtre ou la représentation picturale ne sont qu’illusions face à permanence d’un mal intérieur. La peur scénique symbolise alors celle de la contingence – Watteau est en fin de vie ne l’oublions point -, et l’individu choisit la fuite dans la diversion en tout genre. Ce malaise diffus s’exprime par la poéticité du pinceau, assez vaporeux, léger, et par le jeu des lumières qui crée une sorte d’éclairage mystérieux, mais non pas primesautier (en dépit d’une thématique au départ légère).

Le protagoniste central serait donc la projection de l’artiste dans son oeuvre : le Louvre décrit d’ailleurs cette dernière comme un autoportrait de Watteau, lequel dit souhaiter représenter ce à quoi il s’identifie, c’est-à-dire un “amuseur triste”, mais pas sous ses propres traits, d’où ce recours à une “allégorie dépersonnalisée”.

Troisième interprétation :

Évidemment, ce n’est pas du tout une représentation de la folie dans le sens clinique du terme, c’est-à-dire comme pathologie ou description réaliste. L’oeuvre est donc à à contre-courant de la rationalité scientifique, pour livrer finalement une déraison symbolisée par la mélancolie.

On observe une similarité vestimentaire & physique entre Pierrot le rital & la figure fantastique de Pierrot la Lune. Ce dernier est un Lorialet (Lunatique), une créature fantastique engendrée par la Lune et un(e) mortel(le), ou nécessitant les rayons de la Lune pour survivre. La représentation traditionnelle est celle d’un individu pâle et mélancolique, marginal, mais caractérisé par l’innocence, souvent associés à l’enfance & à la jeunesse – coucou à Judith Leyster épisode II -, ainsi qu’un mal être quant à l’existence terrestre. Dans la mythologie grecque, les Lorialets sont les enfants de Séléné (la Lune) & du berger ronfleur Endymion. Dans Les Chroniques Gargantuines, anonymes mais possiblement rédigées par Rabelais, le Lorialet mène une existence fragile & instable ; la Lune est un élément aquatique par rapport au feu solaire. Or, l’eau est un symbole de folie, mais également caractérisée par la créativité et l’imagination. Tout comme pour le fou, on associe au Lorialet le don de prédiction, de prophétie ; mais tout comme le fou est incompréhensible, le Lorialet n’utilise pas cette capacité. Cela fait donc écho à la Lune comme symbole de connaissance indirecte ; après tout, elle incarne le rêve et l’inconscient.

Selon Aristote (ouais, c’est un site de cagole mais on conclue quand même avec du Aristote pif paf pouf), la mélancolie est synonyme de folie mais aussi de génie. Citons encore une fois son excellent Problème XXX :

“Pourquoi tous les hommes qui se sont illustrés en philosophie, en politique, en poésie, dans les arts, étaient-ils bilieux, et bilieux à ce point de souffrir de maladies qui viennent de la bile noire (…) ? (…) Quant à celle que nous venons de commencer, nous devons dire que le tempérament mélancolique est tout d’abord donné par la nature, parce que ce tempérament n’est qu’un mélange de chaud et de froid, et que c’est de ces deux éléments que la nature se compose. (…) les excès qu’elle [la mélancolie] offre font que tous les mélancoliques se distinguent des autres hommes.”

 

 

 

The Representation of Madness in Painting – Episode III – Pierrot (or Gilles), Antoine Watteau.

Why this choice ?

First, it wasn’t easy to find a painting from the XVIIIth century with the thematic of madness or hospital. It’s probably because of the Enlightenment, where Reason triumphs but also the phenomenon of the Grand Renfermement described by dearest Michel Foucault.

To cut a long story short, the XVIIIth century is a merry mess about medicine. Here begins the process of alienation of the fool : he becomes a being apart, where dialogue and improvement are impossible. The general hospital becomes concentration place (i.e. la Salpêtrière). The end of the century brings no change, with few exceptions. For example, Pinel, whose thesis « First prescription for a model asylum », promotes a « moral treatment », founded upon dialogue ; the first classification of madness (1778) ; the emergence of the word psychiatry, that is to say « medicine of the soul » ; the first specific psychiatric service, with the Tower of the Fools at the General Hospital of Vienna (1789) ; finally, the French project of founding modern asylums (1795), obviously interrupted by the whatever of the Revolution.

In a nutshell ; « All in all, except some attempts which mark the beginning of a movement which is going to be amplified the following century, all over Europe confinement with terrible conditions or retention inside the family. » (The conquest of health in Europe, 1750-1919).

So, can this social relegation be also applied on the artistic plan ?

We have an interesting compromise with Pierrot. Indeed, he was one of the most famous characters of the Commedia dell’arte, including the role of the zanni, that is to say the impertinent and cunning valet. But he also possesses a much more darker side, due to his lunar personality. The previous title of this painting is Gilles, which both corresponds to a carnaval figure, a jester and the character of the simpleton in burlesque comedy.

Finally, Watteau and Fragonard are an inspiration for Verlaine ; he publishes Fêtes Galantes (1869), where the staple characters belong to the Commedia dell’arte. And yet, Verlaine calls himself a fool in the mystical definition, struck by fatum, because born under the sign of Saturn.

Biographical & aesthetic recall :

Young Watteau begins with copies of religious paintings, but also learns how to produce his own paint. Then, he enters the Royal Academy of painting and sculpture. His speciality : the ceremonial festivities genre.

During the famous Quarrel of the Ancients and the Moderns – yes, there was one in literature, but also one in the small world of pictural art -, Watteau belongs to the rubenist side, opposed with the poussinist camp (where you can find Le Brun for example). The firsts support colors and the sensation of force, while the seconds price the drawing and the form. The argument will lead to the victory of the rubenists.
Watteau also belongs to the rococo movement, with Jean-Honoré Fragonard and François Boucher.

His most famous work is probably The Embarkation for Cythera (1717), completed by Pilgrimage to Cythera (1718). Imitated all over the XVIIIth century, denigrated by the Revolution, Tony is rediscovered in the second part of the XIXth century and is now priceless.

The painting : Pierrot (or Gilles), oil on panel, 185x150cm, 1718-1719, Louvre Museum, Paris.

We notice the return of an omnipresent motif in Watteau : theater. Besides, the model is possibly a real comedian, and the work itself could be an order from the actor Belloni. The style is rococo : the paintbrush plays with the outline, there is no structures, the theme is light, and the outfit of the main protagonist is characterized by the Watteau fold, that is to say a eerie of rounded folds which compose a narrow and vertical band in the back of dresses, for more gracefulness. The painting presents several particularities : on the one hand, it is cut, the other part remaining unknown ; on the other hand, white lead is used for Pierrot’s costume, and it could have contributed to the poisoning then death of the artist.

First reading :

We have the portrait of a theatrical character, Pierrot. Easily recognizable by his traditional white outfit, he has no make-up, while usually he appears with a floured face. His gawky attitude and his squeezed pause suggest a secondary character, not accustomed to appear on the foreground, of lowly birth (don’t forget that Pierrot is a zanni). However, our Pierrot is not stupid or cunning. He belongs to an antagonist couple with Harlequin, in rivalry for a woman, Colombine for example.
The background reinforces the italian theater thematic, because the four characters all come from the same middle.The identification is possible with the aesthetic of the costume, which reveals a type-character.

Let’s analyse a bit.
– black habit, black hat, white collar : a doctor or a master. In the context, this would be the Doctor, old and fake scientist who speaks latinitas culinaria (for example, the horrifying Thomas Diafoirus in The Imaginary Invalid). The Doctor is generally a good friend of the old stingy perverse bourgeois, Pantalon or Cassandre (Harpagon and Argan in Molière’s work).
– a boy and a girl whose youth, nice clothes and olé olé promiscuity suggest lovers from good families. Here are Lélio / Clitandre, with Isabella. In Molière’s plays, that would be Cléante (The Imaginary Invalid), or Valère (The Miser). The open mouth of the lover reinforces his ingenuous personality.
– a man on his own, with a flamboying dress, hat to the side and pause of an old beau : we recognize the Matamore, also called Capitan or Scaramouche. He is a vain and boastful soldier, in reality coward, deeply convinced of his success with women. Generally, he is Isabella’s rejected lover. His false heroic stories are dismantled and mocked during the play.

Pierrot is on the foreground, like on scene, while the other are very badly hidden in the backstage. Nature, visible on both sides, suggest that the space is treated as a scene. The presence of the statue, possibly Dionysus, or one of his satyrs (cf the pointy ears), but the also the blue sky, the Mediterranean flora, establish an antic set-up, typical of the classical age. Lastly, this painting is obviously an echo with The Italian Comedians (1719-1720). The dimensions (64x77cm), remind us of an identical disposition : focus on Pierrot, similarity of the faces etc..

So, we could think that by the style and the thematic, Pierrot is a colorless portrait, almost frivolous.

Second reading :

Seriously, why such interest for Pierrot and his infamous three quarter pants ?

That’s true that if Watteau wanted a real charimastic figure, he would have chosen Harlequin, for the colors and his character. Or, if he wanted to realize a moralizing portrait, he would have preferred the Doctor (critic of pedantry), Cassandre (miserliness, lust), or the Capitan (vanity, lie). Something related with Les Caractères by La Bruyère.
Moreover, this portrait is absolutely noncompliant with the accepted canons : no action, no staging, total stillness. The staring and the attitude generate a discomfort for the spectator.
And yet, Pierrot is a good guy, sometimes naive, sometimes tricky. So maybe Watteau is more interested by the Pierrot’s potential of melancholia.
In this case, that would be a generalizing view with an universal reach : the painting gets closer with the vanitas.

Pierrot’s look questions the spectator and the full-size portrait express there is a message, as if the artist wanted mark the occasion by confronting the public a character with real dimensions, so more convincing, and necessarily more disturbing. The disposition also raises interest : the fact that typical characters, and the feelings or attitudes they represent (vanity, love, pleasure …) are step back, suggest that finally all of them are superficial – « Vanity of vanities, all is vanity », punchline by the Ecclesiastes) – and that only remains melancholia.

Our without-make-up Pierrot makes the mask fall away, abandons physically and etymologically his role of character (in French personnage, from the latin persona, ae : the mask), for expressing a kind of sad truth

So, the spectateur discovers a Pascal’s speech : the entertainment of the typical characters from Commedia dell’arte, or more generally speaking pleasures such as theater or pictural representation are just illusions face to the permanency of an inner evil. The scenic fear symbolizes those of contingency – Watteau is near death – ; the individual chooses the escape in all sort of diversion. This widespread discomfort is expressed by the poetic touch of the paintbrush, quite vaporous, soft, and the set of lights create a mysterious lighting, not vivacious.
So in away, the central protagonist would be the projection of the artist in the middle of his work : the Louvre Museum depicts this last one as Watteau’s self-portrait, who says he would like to represent what he feels identified with, that is to say a « sad entertainer », but with someone else’s features, which explains this « depersonalized allegory ».

Third reading :

Obviously, it’s not at all a clinical representation of madness, that is to say as a pathology with a realistic description. So this painting is countercurrent scientific rationality, for finally delivering a folly symbolized by melancholia.

We observe a clothing and physical similarity between the Italian Pierrot and the fantastic figure Pierrot the Moon. The latter is a Lorialet (Lunatic), a supernatural creature, result of the union of the Moon and a mortal, or who needs moon rays for surviving. The traditional representation is a young personne, pale and melancholic, marginal, but characterized by innocence, usually associated with childhood and youth – big up to Judith Leyster & episode II -, unhappy with his terrestrial existence. In Greek mythology, the Lorialets are the children of Selene (the goddess of the Moon) and the sleepy shepherd Endymion. In the anonymous Gargantua Chronicles (though possibly written by the delicious François Rabelais), the Lorialet has a fragile and unstable life ; the Moon is an aquatic element, in opposition with the fire of the sun. And water is a symbol for madness, but also characterized by creativity and imagination. As for the fool, the Lorialet is associated with the gift of prediction, of prophecy ; but as the fool is unintelligible, the Lorialet doesn’t use this capacity. This is an echo with the Moon as a way of indirect knowledge ; after all, she symbolizes dream and unconsciousness.

According to venerable Aristotle, melancholia is synonymous with madness but also genius. Let’s quote again his excellent Problem XXX :

« Why all illustrious men in philosophy, politics, poetry, arts, were bilious, and at such a point that they were suffering illnesses which come from black bile (…) ? About what we just started, we have to say that melancholic temperament is first of all given by nature, because this temperament is a mix of hot and cold, and nature is composed with these two elements (…) the excesses she [melancholia] offer make that all melancholics distinguish themselves from other men. »

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